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Quels sont nos parcours respectifs ?

Christophe Mené : Après une maîtrise de cinéma à Paris III et l’ESEC, j'ai travaillé comme apprenti scénariste pour différentes productions. D'abord Vertigo, connu pour La vérité si je mens avec qui j’ai fait mes premières armes sur la mini-série : Les années lycée, avec Daniel Thieux, au début des années 90, et particulièrement sur la bible d’un épisode qui allait devenir : Le péril jeune, réalisé par Cédric Klapisch. J'ai également été lecteur de scénario sur des téléfilms et des séries comme Navarro et L’instit. J’avais besoin de comprendre le mécanisme complexe d'un scénario et de voir comment on développait une histoire pour 1h30 de film. Il fallait passer à la loupe chaque séquence, faire une analyse complète des points forts et des points faibles de l'intrigue, des dialogues et des personnages ; j’écrivais déjà dans mon coin, mais ça m’a permis de mieux aborder ces questions essentielles.

 

Christine Soldevila : Au départ je me destinais au beaux arts, j’ai toujours été intéressée par l’image, les formes, la lumière et son pouvoir. Parallèlement j’ai pris des cours de théâtre, et finalement je suis devenue comédienne. J’ai joué de nombreux personnages sur scène, dans des pièces d’auteurs comme Shakespeare, Tchekhov, Racine, Calderone, ou Grumberg, Tilly, Tennessee Williams, Horovitz, entre autres. En explorant les pièces et les rôles, j’ai pris conscience du travail, de la rigueur et de l’exigence qu’il faut avoir en abordant un personnage pour ensuite en faire son miel, et en tirer une humanité, une sensibilité, une vérité, une liberté créatrice. Être l’acteur d’une œuvre. C’est émouvant lorsque l’auteur, le personnage et l’acteur ne font plus qu’un. Très vite, j’ai eu envie de mettre en mouvement une histoire ; de mettre en scène pour le théâtre, puis de me déplacer dans la réalité d'un décor, dans les odeurs, les bruits, les lumières du réel. Indépendamment de l’attachement que j’ai pour le théâtre, je me suis dirigée vers la réalisation cinéma, pour laquelle je n’avais aucune formation. C’est Christophe Mené qui m’a initié au travail derrière la caméra, mais je suis cinéphile depuis toujours, c'est venu comme un prolongement naturel du théâtre.

Comment avons-nous créé ACTE 1  ?

Christophe M. Après avoir rencontré Christine Soldevila, nous avons eu l’idée de créer cette structure pour produire un court-métrage que nous avions co-écrit : Nuit d'Hiver dont le personnage principal est une SDF. Au départ, nous n’avions pas d’argent. Le numérique en était à ses balbutiements et il fallait le tourner en Super 16. Nous avons fait appel à des financements privés, à la Fondation de France. Sadek Djermoune, directeur de production pour Vertigo Productions, a été d’une aide précieuse ; grâce à lui, nous avons pu tourner avec des techniciens de long-métrage, dans d’excellentes conditions. Jean-Paul Belmondo a mis aussi un peu d’argent dans ce film et le regretté Jacques Rosny. Christine tenait le rôle principal et je suis passé derrière la caméra. Malgré les défauts de jeunesse du court, j'ai aimé ce travail proche du documentaire. En plus, il a été acheté par Canal Plus et France 3 ; nous avons beaucoup appris en faisant ce film. Par la suite, Acte 1 est devenue une structure de formation d’acteurs , un laboratoire proche du cinéma que nous aimions.

Christine S. C’est exact, Acte 1 est le fondement et le scellement de notre collaboration. Depuis cette association artistique nous ne nous sommes plus quittés, Christophe et moi. Le court métrage Nuit d’hiver nous a permis d’aborder un cinéma proche du documentaire. Ce sujet nous est venu après avoir vu au cinéma Naked de Mike Leigh, l’histoire d’un homme à la dérive, ne sachant plus où se poser. La réalisation, l’esthétique et l’histoire nous ont bouleversés. Nous nous sommes sentis proche de ce cinéma-là, dans la mouvance de Ken Loach et de Mike Leigh. C’est grâce à notre court-métrage Nuit d’Hiver qu’Acte 1 a vu le jour.

Quelles sont nos influences ?

Christophe M. Pendant une longue période j'ai été nourri par le cinéma italien : du néo-réalisme aux années 70, tout en étant intéressé par le travail de John Cassavetes et de Ken Loach. Avec Christine, nous avons rencontré Ken Loach lors d’une masterclass, à Pantin. Des films comme Raining Stones ou Ladybird ont énormément compté, ainsi que sa méthode, au plus près des acteurs, avec ce désir de filmer comme s'il n'y avait pas de caméra et de capter une vérité immédiate. En abordant la formation d'acteurs, je suis toujours resté proche de cette ligne de travail, c'est à dire amener de la vie par tous les moyens dans une scène, conduire les acteurs à ne pas jouer, à accepter les surprises au milieu d’une prise. Je ne parle jamais devant plusieurs comédiens à la fois, privilégiant les indications secrètes. Ils ne sont pas à l'abri de quelque chose d'inattendu qui amènera à une vérité particulière, au moment où l'on tourne.

J’ai animé des ateliers et des stages à Paris, dans les années 2000. C’était l’occasion d’expérimenter, avec l’arrivée de nouveaux outils numériques. En plus de leur formation, les acteurs étaient amenés à écrire leurs propres courts-métrages qu’ils tournaient avec les moyens du bord. Aujourd'hui encore, dans nos groupes de travail je rencontre des acteurs qui ont envie de réaliser un court-métrage : les plus motivés vont toujours jusqu’au bout.

Naturellement, notre travail consiste, avant tout, à former de futurs comédiens, à leur donner des outils et des techniques pour aborder la caméra. Tout au long de ces années, beaucoup ont obtenu des rôles sur des courts métrages, des séries, des téléfilms et des longs-métrages. Mon objectif est d'accompagner un acteur aussi loin qu'il le souhaite. Certains viennent pour s'initier, se donnent les moyens de se professionnaliser. Cela prend du temps et c'est parfois décourageant d'essuyer des refus lors des premier castings, mais la plupart de ceux dont nous avions senti une implication réelle finit par obtenir des résultats. 

Christine S. J'ai été également inspirée parJohn Cassavettes, parce qu’il a su créer un lien entre le théâtre et le cinéma. Pour lui la différence entre les deux arts est ténu. D’ailleurs, son premier film Shadows a été tourné avec des comédiens de sa troupe de théâtre, avec ses propres moyens. Il a libéré le jeu de l’acteur, lui permettant de rompre avec les conventions et de trouver cette « folie ordinaire » qui fait que son cinéma ne ressemble à aucun autre. Il est le précurseur du cinéma indépendant américain. Cette liberté, on la retrouve chez Ken Loach qui ne donne pas de scénario à ses acteurs et ne dit pas toujours la fin du film. Les acteurs découvrent la scène en la tournant, ce qui les rend vulnérables, vrais, sensibles, réactifs dans toutes les émotions. Mike Leigh va plus loin encore, car il travaille avec ses comédiens sous forme d’improvisations. A partir d’un thème, il les suit pendant plusieurs mois avant de construire son scénario. Quand on lui demande s’il a un secret, il répond «Non, juste une façon de travailler qui s'apparente à un voyage dans les sentiments d'un personnage.» J’aime beaucoup cette formule.

 

 

Il y a quelques années ACTE 1  était aussi implanté à Lille, pourquoi ?

Christophe M. C'était un désir ancien, car si la plupart des tournages ont lieu à Paris, nous avions envie de venir travailler dans cette région où de nombreux films voient le jour. Etant originaire de Calais, je suis toujours resté proche de ma région et c'était l’occasion de rencontrer un autre public et des professionnels.

 

Christine S. Pendant les six premières années, nous avons développé des partenariats avec des organismes culturels comme le cinéma L'Univers ou Pictanovo. Puis nous avons eu notre propre lieu pendant une longue période, et ce fut l’occasion de créer conjointement des activités théâtre et cinéma. Des spectacles ont été montés et des courts-métrages réalisés.

 

Christophe M. Nous avons aussi tourné des courts-métrages avec des groupes d'acteurs en formation et des techniciens professionnels. L’un d’entre eux : Parc Avenue a été sélectionné au Shortfilm Corner du festival de Cannes. De retour à Paris, en 2018, nous avons ouvert un atelier pour des coachings d’acteurs face à la caméra. Nous accueillons une fois par mois, en plein cœur du quartier latin, des comédiens débutants ou aguerris qui souhaitent venir s’entrainer, mais nous n’avons pas abandonné nos ateliers à Lille, ils continuent toujours à exister.

 

Nous faisons de la formation d’acteurs, mais pas seulement. Christine Soldevila est metteure en scène pour le théâtre, et nous avons développé un projet de long-métrage intitulé N37.

 

Christine S. Je suis à l'origine du long-métrage N37, J’ai écrit la première version du scénario, puis nous avons travaillé à deux, avec Christophe, pour élaborer la version finale. Nous avons ensuite coréalisé le teaser qui a été tourné dans la région lilloise et à Wissant, dans le Pas-de-Calais. Les premiers travaux préparatoires ont été engagés avec une production, emballée par le scénario. La crise du Covid est tombée au mauvais moment, et a retardée notre projet, mais nous mettons toute notre énergie pour que le film voit le jour.

Comment envisageons-nous la suite ?

Christophe M. Développer notre film est notre priorité, ainsi que les projets théâtraux.. d'autres scénarios sont en cours, pour de très petits budgets.

Nous continuons à intervenir comme coachs d'acteurs, soit en privé, soit en groupe à Paris et à Lille.

Christine S. Dans tout ce que nous entreprenons, il y a le désir d’explorer des sujets avec cette recherche de vérité qui nous tient à cœur, que ce soit seuls devant les premières lignes d’un scénario jusqu’au tournage, avec l’équipe du film, ou avec un groupe d’acteurs.

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